Les Énergies latentes de Paul-Émile Borduas

Enfin à Québec ! Et c’est grâce à la généreuse donation des grands mécènes et collectionneurs britanno-colombiens Michael Audain et Yoshiko Karasawa que le Musée national des beaux-arts du Québec acquière huit tableaux du grand peintre canadien Paul-Émile Borduas. Ce mercredi 23 février 2022 se déroulaient la conférence de presse et la visite médiatique de l’exposition intitulée : Les Énergies latentes. Paul-Émile Borduas au présent. Exposition qui se tient au musée du 24 février au 24 avril 2022.

Paul-Émile Borduas est un artiste-peintre canadien né en 1905 à Saint-Hilaire et est décédé à Paris en 1960 à l’âge de 54 ans. Il est reconnu pour la réalisation d’œuvres abstraites appartenant au mouvement artistique de l’automatisme. En 1948, il publie le Refus global et il a notamment influencé le travail artistique de Jean-Paul Riopelle.

Biographie de Paul-Émile Borduas

Le grand public pourra découvrir des œuvres iconiques de ce grand maître datant principalement des années 50 ainsi que des acquisitions récentes de la collection nationale du MNBAQ comme celles de Dominique Blain, Michel Campeau, Nadia Myre, Alain Paiement, Michaël Sergile et Jean-Paul Riopelle. L’œuvre puissante de Borduas établit ainsi un intéressant dialogue avec celui du travail des artistes actuels proposés.

Des énergies ou chaleurs latentes en physique, sont des énergies libérées ou bien absorbées lors d’un changent d’état de la matière par exemple l’eau qui passe de l’état liquide à solide. Ici, Borduas exprime, par sa poétique création et sa pensée, ces énergies qui existent sans toujours être apparentes, ces bouleversements d’état de la matière et les différentes polarités qui en résultent.

La pertinente scénographie de l’exposition permet de servir ces énergies latentes. La mise en espace songée vient créer des liens visuels, esthétiques et intellectuels entre les œuvres. De ce fait, le choix du rouge et du gris est judicieux en raison de leur capacité à procurer l’énergie et l’intensité pour le rouge, et la réflexion pour le gris, symbolisant ainsi les deux extrémités de ces énergies latentes.

Figures shématiques est l’une des plus grandes œuvres de Borduas et deviendra une icône de sa production parisienne. Par son travail, l’artiste tente des recherches de simplification en tirant profit de l’espace de cette grande toile pour explorer la relation existant entre le noir et le blanc. Ici, les masses noires visibles semblent entrer de chaque côté du tableau pour se fondre dans le blanc ou bien se briser. Blanc qui lui est en pleine expansion d’où l’idée d’énergie latente.

L’œuvre Grenouille sur fond bleu est l’un des rares tableaux à avoir été produit, en 1944, alors que Borduas peint à l’atelier de son maître Ozias Leduc à Saint-Hilaire, sa ville natale.

Par Arabesques, l’artiste, alors exilé à New York, propose une composition picturale de style all-over très populaire à cette époque. Cette façon de peindre suggère de dépasser l’espace organisé de la peinture traditionnelle européenne. Sans planification ni croquis, il en résulte une œuvre sans point visuel de focalisation. Telles des arabesques rouges, les puissants coups de pinceau sont posés sur le fond du tableau excluant toute forme de lecture figurative proposant ainsi une vision plus formaliste du dessin.

Cette intéressante œuvre datant de 1957 a été peinte à Paris et elle démontre une tendance à la structuration de la surface picturale du tableau, Borduas s’éloignant ainsi de sa période influencée par la peinture gestuelle, l’action painting, et de sa période automatiste vécue à New York. Influencé ici par l’artiste Piet Mondrian, Borduas va vers un travail plus structuré reprenant ainsi une forme de damier correspondant à la période tardive de création de Mondrian.

En histoire de la mode, souvenons nous aussi du grand créateur Yves Saint-Laurent qui, en 1966, lors de la conception de sa collection automne/hiver rend hommage à l’artiste néerlandais en proposant des robes Robes Mondrian inspirées de ses tableaux.

Parmi les œuvres d’artistes de notre époque, notons l’immense et superbe tableau de Jean-Paul Riopelle créé en 1989.

L’artiste explore dès 1967 la pratique de l’estampe. Avant-gardiste, Riopelle récupère les rebuts de cet art pour réaliser des lithocollages ou bien s’en servir comme fond inspirant des créations graphiques et picturales étonnantes. Ici, l’artiste remet au goût du jour une célèbre lithographie Les hiboux créée en 1970. L’œuvre sans titre est réalisée à partir d’encre, de bois et de collage sur essais de lithographies marouflées sur sérigraphie et imprimées sur une toile.

L’installation textile de Michaëlle Sergile intitulée Peau noire, masques blancs est également impressionnante. Ici, Sergile propose une critique artistique du texte portant le même titre écrit en 1952 par Frantz Fanon. L’artiste dénonce des passages du livre décrivant la place des femmes dans l’histoire et le manque évident de représentations positives de celles-ci dans cet ouvrage. Ici, chaque partie suspendue de l’œuvre est associée à un chapitre du livre. Chaque fil porte une signification proposant ainsi un code textile fort en opposition.

Bref, une remarquable exposition qui émeut et impressionne à la fois. La scénographie composée de rouge et de gris démontre bien toute la force des Énergies latentes.

Photographies : travail personnel et François Berthiaume, 23 février 2022, Musée national des beaux-arts du Québec.

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