Les illusions sont bien réelles lors de la Manif d’art 10 – La biennale de Québec

Mercredi 16 février 2022 se déroulait au Musée national des beaux-arts du Québec la conférence de presse et la visite médiatique de la surprenante exposition intitulée : Les illusions sont réelles. Exposition réalisée conjointement avec La manif d’art 10 – La biennale de Québec qui est de retour cette année après une période de pause imposée. L’exposition sera présentée principalement au MNBAQ et dans différents quartiers et espaces de la ville de Québec à compter du 19 février prochain, et ce, jusqu’au 24 avril 2022.

L’exposition centrale regroupe les oeuvres de 21 artistes et pose une réflexion songée sur cette troublante prolifération des nombreux artifices et désinformation qui abondent dans nos vies quotidiennes. Quelques exemples : des photographies modifiées, des conspirations virales via l’Internet, des rhétoriques politiques incroyables ou bien des identités personnelles falsifiées qui sont créées en ligne.

Ce phénomène de leurre n’est pas nouveau, par contre il s’accélère aujourd’hui grâce à la présence accrue des nombreux réseaux sociaux. Cette 10e édition de la biennale de Québec propose au grand public des oeuvres d’artistes engagés qui, par leurs créations et réflexions, fabriquent et déconstruisent des illusions variées tout en posant un regard allumé concernant l’aspect séducteur et invitant, mais dangereusement potentiel de ce phénomène toujours grandissant qu’est la désinformation.

Et face à ce nouveau phénomène, deux questions nous viennent aussitôt à l’esprit : à qui, et surtout, comment peut-on dorénavant faire confiance ?

L’oeuvre de l’artiste américain Tony Tasset Snowman with Coke Can Mouth and Broom est la première visible à l’entrée de l’exposition et celle-ci analyse le rêve américain tel qu’on le connaît ainsi que ses nombreux mirages. L’artiste lors de son travail récupère des images emblématiques provenant des différents médias et réalise d’incroyables caricatures. Cette oeuvre ludique est une imitation de la forme iconique de l’art populaire bien connue : le bonhomme de neige.

Par la suite, cette visite nous mène à la superbe installation Le Salon chinois – White Gold oeuvre de l’artiste Montréalaise Karen Tam. Elle est impressionnante à regarder et elle est d’ailleurs mon coup de coeur de l’exposition. Installation grandiose, elle démontre l’engouement pour nous occidentaux envers la porcelaine chinoise communément appeler l’or blanc.

Cette installation rappelle d’ailleurs les salons privés que l’on retrouvait jadis dans les nobles demeures européennes. Mais ce salon est en réalité composé de véritables artefacts et de facsimilés provenant directement de la collection du MNBAQ. De faux objets ont été créés par l’artiste afin de dénoncer les violences qui peuvent mener à des représentations réductrices, caricaturales, voire déshumanisantes, d’autrui.

Lorsque l’on entre dans la première salle de l’exposition, une troublante vidéo retient tout de suite l’attention. Réalisée par trois chercheurs de l’entreprise américaine Nvidia, l’oeuvre One Hour of Imaginary Celebrities démontre une intelligence artificielle capable de générer des photographies synthèses de personnes qui n’existent pas réellement, et ce, à partir d’amalgames composites d’une multitude d’images se trouvant dans différentes bases de données de l’Internet.

D’un réalisme saisissant, ces visages possiblement reconnaissables se mélangent progressivement les uns aux autres procurant ainsi un effet surprenant. Ce qui est troublant ici, c’est que la personne que l’on voit apparaître devant nous est une illusion. Cette oeuvre soulève ainsi le questionnement de l’hyper trucage qui menace notamment la protection de l’identité personnelle.

Autre oeuvre remarquable est celle de l’artiste américain Glenn Kaino. Untitled (Ricky Jac) Cartes à jouer, 2010. Ici, Kaino joue avec les diverses contradictions poétiques dans le but de réconcilier des idées qui peuvent sembler conflictuelles, voire opposées ou dichotomiques. Il reforme ainsi des différentes composantes de la vie réelle tout en combinant des éléments disparates afin de construire des pièces conceptuellement fortes.

Par cette oeuvre, l’artiste rend hommage au prestidigitateur Ricky Jay en illustrant son effigie et son fameux tour du lancer des cartes. De cette façon, Kaino démontre que comme la magie, l’art peut être à la fois évasif et tromper l’oeil afin de déjouer toutes attentes.

L’oeuvre intitulée Outliers (Trace), 2012, est le travail de Maskull Lasserre. Et cette oeuvre m’a particulièrement intriguée en raison de cette relation entre l’accessoire mode, la chaussure, et son utilité.

Ici, Laserre reproduit des traces d’animaux sur les semelles des chaussures et lorsqu’elles sont portées elles laissent des imprimés de pas dans les zones urbaines, ingénieux travail ! Le montage de photographies en témoigne d’ailleurs l’émotion.

Lors de la visite de la dernière salle, l’oeuvre de la Montréalaise Karine Payette intitulée Espace sans espèce III est une oeuvre phare de l’exposition et elle est dérangeante, car d’un réalisme surprenant, elle fait référence aux lieux de confinement et de conditionnement animal tant notamment en milieu zoologique, domestique ou relatif au spectacle.

Cette triste sculpture démontre un animal plutôt amorphe qui se résigne à perdre ses points de repère naturels et sa liberté que lui impose son nouvel abri contraignant. L’artiste dénonce, de cette façon, cette victime de l’aliénation que l’on inflige aux espèces animales que l’on exploite pour les domestiquer ou se divertir. Ici, l’ours blanc démontre à peine quelques signes vitaux qui sont techniquement bien réussis visuellement par l’ajout notamment d’un moteur à l’intérieur de son ventre simulant ainsi sa respiration.

Lors de cette biennale, il sera également possible de découvrir 34 lieux intérieurs et extérieurs d’installations artistiques à Québec tels qu’à la Place D’Youville, le Château Frontenac, la Place Ste-Foy ainsi que des expositions présentées notamment au Grand Théâtre de Québec, l’Oeil du poisson et le musée Huron-Wendat.

Bref, cette exposition des plus particulières dérange et nous fait réfléchir sur notre vulnérabilité envers l’évolution de plus en plus rapide des différentes technologies de l’information et de l’intelligence artificielle. Ce troublant phénomène qu’est, pour certains, la création d’un monde parallèle fait aussi parfois sourciller.

Photographies, travail personnel et François Berthiaume, Musée national des beaux-arts du Québec, 16 février 2022.

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