
Jeudi dernier, c’était grand jour de rap au Musée de la civilisation de Québec grâce au lancement médiatique de l’exposition Sur paroles. Le son du rap queb : la culture hip-hop dans toutes ses dimensions.

Lancée en présence de l’artiste hip-hop et conférencier Webster, cette fascinante exposition est présentée du 10 novembre 2023 au 2 septembre 2024 et elle nous propulse directement dans l’histoire de cet important mouvement culturel qu’est le hip-hop. Elle met notamment en lumière ses artisans et artisanes qui tente de démontrer comment leurs luttes sociales engagées et leurs propos affirmés ont influencé notre société québécoise au fil des ans.
C’est une grande fierté et un honneur pour moi de collaborer avec le Musée de la civilisation. Dès le départ, je voulais faire de cette exposition un outil pédagogique afin que la population en général puisse mieux comprendre cette culture qui nous a tant apporté et, par le fait même, la manière dont les voix racisées au Québec ont pu être amplifiées grâce au hip-hop. J’espère aussi que les adeptes de la première heure, les real hip-hop heads, puissent se retrouver dans ce projet et se dire oui, nous voilà.
Affirme Webster lors du lancement médiatique.

Le vaste corpus de l’exposition comprend des vêtements et accessoires de scène, du matériel d’enregistrement, plusieurs archives photographiques, des manuscrits, des vidéos, de l’art visuel et bien sûr un pertinent parcours sonore.
Le hip-hop est un univers qui est dense et il a été longtemps considéré comme une culture plutôt marginale qui a fait résonner des préoccupations sociales fondamentales. Lorsqu’il est apparu dans notre société québécoise, ce mouvement culturel a témoigné d’un long chemin parcouru et, de celui qu’il reste à parcourir pour connaître, reconnaître et faire entendre toutes ses voix dans leur pleine diversité.

Les origines du hip-hop : Le Bronx
C’est plus précisément dans le South Bronx de New York dans les années 70 qu’Afro-Américains et Latinos, principalement d’origine portoricaine, créés une identité culturelle unique en son genre. Cet endroit est situé juste au sud de l’arrondissement du Bronx et est aussi un ghetto. Une ségrégation ethnique, culturelle, sociale et économique s’y développe alors au fil du temps.

Le courant musical du hip-hop émerge alors au cœur des luttes raciales de ces communautés afin de représenter leurs réalités marginales. Ces voix riches en sonorité dénoncent les embûches liées à leurs réalités et conditions sociales pénibles affirmant ainsi le souhait de les surmonter, explique Jenny Salgado, J. KYLL.

Migration du mouvement de New York vers Montréal
Dès le début des années 80, plusieurs jeunes Montréalais d’origine caribéenne comme les Haïtiens et les Jamaïcains visitent des membres de leur famille dans le Bronx et à Brooklyn. Lors de ces visites, ils découvrent cette culture hip-hop, tendance du moment, et rapportent dans leurs bagages des cassettes de musique rap que l’on ne retrouve pas encore au Québec. Plusieurs de ces jeunes vont s’initier graduellement au DJing, au Breaking danse et vont continuer à se pratiquer lors de leur retour à la maison.
Ce genre de pèlerinage culturel se poursuit dans les années 80 et 90 et cette diaspora afro descendante va inspirer la communauté hip-hop québécoise. Cette culture de masse leur permettra de s’affirmer dans un milieu social où ces jeunes se sentent souvent marginalisés et invisibilisés.

Un riche environnement sonore
Le visiteur, lors du parcours de l’exposition, pourra plonger directement dans cet univers musical varié grâce à la réalité sonore augmentée et ce, à l’aide d’une technologie de pointe novatrice développée par le Musée de la Civilisation en collaboration avec SAGA Stratégie Sonore.
Cet environnement auditif innovant emmène le visiteur à se replacer dans l’espace au fur et à mesure qu’il découvre les différents artefacts sonores des pièces musicales des artistes hip-hop mis à l’honneur. Parmi ces artistes notons DJ Horg, Kenzhelo, Nazbrok, Shash’U et Soraï.

Être à la mode
Le hip-hop, le streetwear, qui est apparu au milieu des années 80 et qui connaît son apogée dans les années 90 est définitivement un mode de vie créé au départ par les gangs de rue. Par exemple, la façon de parler, de se vêtir ou de bouger le corps forme une attitude propre à cette culture qui se reconnaît rapidement et exprime une vision personnelle du monde.
Ce mouvement réactionnaire fait alors contrepoids aux tendances ostentatoires, coûteuses et voyantes de la décennie 80. S’éloignant ainsi du luxe clinquant présenté sur les podiums des défilés, le streetwear regroupe des jeunes ayant comme affinités le graffiti, le skateboard et la musique.


Cette mode bien personnelle, pratique et inspirée du sportwear se veut avant tout anticonformiste et représente une valeur qui est chère à la communauté hip-hop.


Les vêtements comme les joggings, les sweat-shirts à capuchon et les t-shirts se veulent de tailles extralarges, les pantalons sont également portés sous le bas du dos, les chandails d’équipes sportives ont la cote, les chaînes portées autour du cou sont massives, les chaussures sont très volumineuses et les vêtements sont graffés formant ainsi une panoplie de couleurs et de styles flamboyants.


L’image de marque revêt une grande importante et les vêtements logotés deviennent ainsi un signe de reconnaissance de soi à savoir d’appartenance à un groupe social que l’on nomme aussi tribu. Les styles se portent autant le jour comme de soir et deviennent ainsi une sorte d’uniforme standardisé. La mode en mouvement n’a jamais pris autant de sens et rime alors avec streetwear.


De par ce style vestimentaire et gestuel, cette communauté culturelle se distingue aisément autant parmi les siens que parmi les autres.


C’est ainsi que le streetwear devient graduellement une tendance vestimentaire dominante au Québec comme dans le monde entier. Des marques connues comme FUBU, Cross Colors ou Phat Farm s’affichent fièrement dans les rues québécoises. Contestataire au début, l’esthétique hip-hop devient graduellement un courant de mode dominant.
Aujourd’hui, cette mode fait partie intégrante d’un lucratif marché de masse et demeure un moyen d’expression et d’affirmation vestimentaires de soi et de ses idées.

À propos d’Aly Ndiaye alias Webster
Webster est né et a grandi dans le quartier populaire de Limoilou à Québec. Membre fondateur du collectif Limoilou Starz, il est un vétéran et l’un des pionniers du mouvement hip-hop québécois et est reconnu pour la qualité de ses textes ainsi que pour l’intelligence de ses propos.

Militant, il s’implique énormément socialement et donne régulièrement des conférences sur une multitude de sujets tel que l’histoire de la présence afrodescendante et l’esclavage au Québec et au Canada depuis l’époque de la Nouvelle-France.

Bref, une fascinante exposition à découvrir pour tous les amateurs de hip-hop et pour le public en général curieux d’en apprendre davantage sur ce mouvement culturel hors du commun. Celle-ci est présentée au Musée de la civilisation jusqu’au 2 septembre 2024.

Photographies, travail personnel et François Berthiaume, 9 novembre 2023, Musée de la civilisation de Québec.


Sources recherches :
Scénographie de l’exposition et communiqué de presse
Wikipédia, l’encyclopédie libre.






















































































































































































