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Le son et la mode du rap québécois en vedette au Musée de la civilisation

Jeudi dernier, c’était grand jour de rap au Musée de la civilisation de Québec grâce au lancement médiatique de l’exposition Sur paroles. Le son du rap queb : la culture hip-hop dans toutes ses dimensions.

Allocution de Webster

Lancée en présence de l’artiste hip-hop et conférencier Webster, cette fascinante exposition est présentée du 10 novembre 2023 au 2 septembre 2024 et elle nous propulse directement dans l’histoire de cet important mouvement culturel qu’est le hip-hop. Elle met notamment en lumière ses artisans et artisanes qui tente de démontrer comment leurs luttes sociales engagées et leurs propos affirmés ont influencé notre société québécoise au fil des ans.

C’est une grande fierté et un honneur pour moi de collaborer avec le Musée de la civilisation. Dès le départ, je voulais faire de cette exposition un outil pédagogique afin que la population en général puisse mieux comprendre cette culture qui nous a tant apporté et, par le fait même, la manière dont les voix racisées au Québec ont pu être amplifiées grâce au hip-hop. J’espère aussi que les adeptes de la première heure, les real hip-hop heads, puissent se retrouver dans ce projet et se dire oui, nous voilà.

Affirme Webster lors du lancement médiatique.

Le vaste corpus de l’exposition comprend des vêtements et accessoires de scène, du matériel d’enregistrement, plusieurs archives photographiques, des manuscrits, des vidéos, de l’art visuel et bien sûr un pertinent parcours sonore.

Le hip-hop est un univers qui est dense et il a été longtemps considéré comme une culture plutôt marginale qui a fait résonner des préoccupations sociales fondamentales. Lorsqu’il est apparu dans notre société québécoise, ce mouvement culturel a témoigné d’un long chemin parcouru et, de celui qu’il reste à parcourir pour connaître, reconnaître et faire entendre toutes ses voix dans leur pleine diversité.

Les origines du hip-hop : Le Bronx

C’est plus précisément dans le South Bronx de New York dans les années 70 qu’Afro-Américains et Latinos, principalement d’origine portoricaine, créés une identité culturelle unique en son genre. Cet endroit est situé juste au sud de l’arrondissement du Bronx et est aussi un ghetto. Une ségrégation ethnique, culturelle, sociale et économique s’y développe alors au fil du temps.

Le courant musical du hip-hop émerge alors au cœur des luttes raciales de ces communautés afin de représenter leurs réalités marginales. Ces voix riches en sonorité dénoncent les embûches liées à leurs réalités et conditions sociales pénibles affirmant ainsi le souhait de les surmonter, explique Jenny Salgado, J. KYLL.

Migration du mouvement de New York vers Montréal

Dès le début des années 80, plusieurs jeunes Montréalais d’origine caribéenne comme les Haïtiens et les Jamaïcains visitent des membres de leur famille dans le Bronx et à Brooklyn. Lors de ces visites, ils découvrent cette culture hip-hop, tendance du moment, et rapportent dans leurs bagages des cassettes de musique rap que l’on ne retrouve pas encore au Québec. Plusieurs de ces jeunes vont s’initier graduellement au DJing, au Breaking danse et vont continuer à se pratiquer lors de leur retour à la maison.

Ce genre de pèlerinage culturel se poursuit dans les années 80 et 90 et cette diaspora afro descendante va inspirer la communauté hip-hop québécoise. Cette culture de masse leur permettra de s’affirmer dans un milieu social où ces jeunes se sentent souvent marginalisés et invisibilisés.

Un riche environnement sonore

Le visiteur, lors du parcours de l’exposition, pourra plonger directement dans cet univers musical varié grâce à la réalité sonore augmentée et ce, à l’aide d’une technologie de pointe novatrice développée par le Musée de la Civilisation en collaboration avec SAGA Stratégie Sonore.

Cet environnement auditif innovant emmène le visiteur à se replacer dans l’espace au fur et à mesure qu’il découvre les différents artefacts sonores des pièces musicales des artistes hip-hop mis à l’honneur. Parmi ces artistes notons DJ Horg, Kenzhelo, Nazbrok, Shash’U et Soraï.

Être à la mode

Le hip-hop, le streetwear, qui est apparu au milieu des années 80 et qui connaît son apogée dans les années 90 est définitivement un mode de vie créé au départ par les gangs de rue. Par exemple, la façon de parler, de se vêtir ou de bouger le corps forme une attitude propre à cette culture qui se reconnaît rapidement et exprime une vision personnelle du monde.

Ce mouvement réactionnaire fait alors contrepoids aux tendances ostentatoires, coûteuses et voyantes de la décennie 80. S’éloignant ainsi du luxe clinquant présenté sur les podiums des défilés, le streetwear regroupe des jeunes ayant comme affinités le graffiti, le skateboard et la musique.

Ceinture et boucle de ceinture de D-Shade, métal et cuir vers 2000, prêtée par Justin Phillips allias D-Shade.

Cette mode bien personnelle, pratique et inspirée du sportwear se veut avant tout anticonformiste et représente une valeur qui est chère à la communauté hip-hop.

Tenue de scène d’inspiration traditionnelle sénégalaise portée par Saramée dans la vidéoclip de la chanson Bun Dem. Designer Abdou Barry, textile, wax, 2019.

Tee-shirt du collectif 83, textile en coton, vers 2011 prêté par Frédéric Auger allias T-Mo. Tee-shirt du collectif Limoilou Starz, textile de coton, 2002, prêté par Webster.

Les vêtements comme les joggings, les sweat-shirts à capuchon et les t-shirts se veulent de tailles extralarges, les pantalons sont également portés sous le bas du dos, les chandails d’équipes sportives ont la cote, les chaînes portées autour du cou sont massives, les chaussures sont très volumineuses et les vêtements sont graffés formant ainsi une panoplie de couleurs et de styles flamboyants.

Chaîne en or, métal, milieu des années 1990, prêtée par Martin Sanchez allias Cholo

Couronne de la rappeuse Ruby, plastique, 2017, prêtée par Marie-Hélène Leroux allias Ruby.

L’image de marque revêt une grande importante et les vêtements logotés deviennent ainsi un signe de reconnaissance de soi à savoir d’appartenance à un groupe social que l’on nomme aussi tribu. Les styles se portent autant le jour comme de soir et deviennent ainsi une sorte d’uniforme standardisé. La mode en mouvement n’a jamais pris autant de sens et rime alors avec streetwear.

Veste arborant des motifs incas, création du graffeur SINO, textile, denim, vers 2019, prêtée par Martin Sanchez allias Cholo.

De par ce style vestimentaire et gestuel, cette communauté culturelle se distingue aisément autant parmi les siens que parmi les autres.

Jersey de baseball identifié Muzion en cuir, 2002 prêté par Stanley Rimsky alias Imposs. Trophée Félix de l’Album francophone de l’année – Rap remis à Muzion. Foulard, textile vers 1999, prêté par Jenny Salgado alias J-Kyll.

C’est ainsi que le streetwear devient graduellement une tendance vestimentaire dominante au Québec comme dans le monde entier. Des marques connues comme FUBU, Cross Colors ou Phat Farm s’affichent fièrement dans les rues québécoises. Contestataire au début, l’esthétique hip-hop devient graduellement un courant de mode dominant.

Aujourd’hui, cette mode fait partie intégrante d’un lucratif marché de masse et demeure un moyen d’expression et d’affirmation vestimentaires de soi et de ses idées.

Tenue d’inspiration traditionnelle, création du designer Irako-canadien Cheb Moha, textile en coton et laine, 2016, prêté par Yassin Alsaiman allias NARCY.

À propos d’Aly Ndiaye alias Webster

Webster est né et a grandi dans le quartier populaire de Limoilou à Québec. Membre fondateur du collectif Limoilou Starz, il est un vétéran et l’un des pionniers du mouvement hip-hop québécois et est reconnu pour la qualité de ses textes ainsi que pour l’intelligence de ses propos.

Militant, il s’implique énormément socialement et donne régulièrement des conférences sur une multitude de sujets tel que l’histoire de la présence afrodescendante et l’esclavage au Québec et au Canada depuis l’époque de la Nouvelle-France.

Bref, une fascinante exposition à découvrir pour tous les amateurs de hip-hop et pour le public en général curieux d’en apprendre davantage sur ce mouvement culturel hors du commun. Celle-ci est présentée au Musée de la civilisation jusqu’au 2 septembre 2024.

Photographies, travail personnel et François Berthiaume, 9 novembre 2023, Musée de la civilisation de Québec.

Sources recherches :

Scénographie de l’exposition et communiqué de presse

Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Les véritables couleurs de la mode

Présentée à la galerie courbe du rez-de-jardin du Palais Galliera jusqu’au 15 mars 2024, dans le cadre de La mode en mouvement, l’exposition Les Couleurs de la modeAutochromes du Salon du goût français 1921-1923 est magnifique à visiter.

Aussitôt entré dans la salle, une ambiance feutrée et un éclairage tamisé donne tout de suite le ton à une visite qui nous plonge directement dans cette période foisonnante de l’après-première guerre mondiale.

Le corpus de l’exposition, riche d’une centaine d’images, permet d’ailleurs de découvrir la subtile palette de couleurs de l’autochrome et ce, en regard des costumes, accessoires et documents d’archives du musée qui ont été soigneusement sélectionnés.

Le procédé technique de l’autochrome

De 1921 à 1923, ces images d’exception permettaient de promouvoir à Paris le luxe français lors d’une manifestation artistique tout à fait nouvelle nommée : Le Salon du goût français.

Présentée de 1921 à 1923 au Palais de Glace des Champs-Élysées, l’actuel Théâtre du Rond-Point, cette exposition créée par l’éditeur parisien Maurice Devriès est originale et moderne à la fois.

Conçue par l’architecte-décorateur Robert Mallet-Stevens, elle rassemble la production des industries françaises du luxe. De plus, l’idée novatrice du salon du goût français est de remplacer chaque objets fabriqué en série par sa reproduction photographique sur une autochrome.

Pour la France qui se sort difficilement des suites de la Première Guerre mondiale, cette exposition, dont l’objectif est de promouvoir la fabrication nationale des arts déco, de la haute couture et des maisons de luxe, permet de relancer l’économie nationale. Celle-ci voyagera par la suite à travers le monde.

Lors de cette visite, il est notamment intéressant d’apprécier ces photographies, aux couleurs inédites, qui amène une vision tout à fait nouvelle de la mode du début des années 20.

C’est ainsi que le Palais Galliera renoue aujourd’hui avec la mode de cette période historique au prisme des couleurs éclatantes de blanc, mauve, bleu, rouge, des riches imprimés et des fabuleuses matières textiles de ces magnifiques autochromes qui ont été présentées au Salon du goût français.

Offerte par Maurice Devriès au musée des Arts et Métiers en 1928, cette exceptionnelle collection permet également à l’époque de relancer les industries françaises du luxe et de réintroduire culturellement le bon goût français.

Les couleurs de la mode

La teinte de la lumière de toutes les couleurs : le blanc.

Au début des années 20, la mode parisienne continue d’être influencée par les Ballets russes. Celle-ci se veut alors très vivante et arbore des couleurs flamboyantes. Cependant, un engouement soudain pour le blanc procure une pause visuelle à ce spectre lumineux qui est la bienvenue.

Ce qui frappe d’ailleurs sur ces belles photographies, ce sont la richesse et la beauté des broderies présentées.

Le blanc se porte alors de la tête aux pieds pour des ensembles de jour avec une préférence pour le blanc cassé. Le blanc se veut immaculé pour les modèles de jeunes filles. Et, l’été, le blanc domine sur des voiles légers parés de broderies colorées. Sur les robes et chapeaux portés aux courses de Chantilly, il sort définitivement grand gagnant.

Le blanc est également coordonné au noir afin de procurer de formidables effets graphiques comme pour des accessoires ou pour des manteaux. Sur certains modèles, il procure l’illusion de porter un ensemble jupe et veste.

Grâce au procédé de l’autochrome, il est enfin possible de saisir les infinies nuances de blanc. Celle-ci restant la couleur la plus difficile à reconstituer, la synthèse de l’addition des trois couleurs primaires soit le cyan, le magenta et le jaune, doit être parfaite.

Le mauve

Les premiers colorants synthétiques apparaissent vers les années 1860, ce qui donne lieux à une nouvelle palette de violet, de pourpre, de lilas et de mauve. Et, c’est l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui donne le ton à cette romantique couleur, car le mauve s’accorde à merveille avec la couleur de ses yeux.

L’engouement pour cette couleur est tel que lorsque pour le bal de l’Opéra de juin 1921, orchestré par la princesse Murat et sous la direction artistique de Paul Poiret qui signe les décors et les costumes, la presse en fait grand bruit. Celle-ci affirme que dorénavant toutes les nuances de violet sont à la mode.

À partir de l’été 1921 et ce, jusqu’à l’été 1923, on retrouve sur les robes et accessoires féminins plusieurs déclinaisons de mauve comme le parme, la lavande, le lilas et le cyclamen. Cette section de l’exposition est d’ailleurs tout en douceur et en féminité.

Le rouge

À cette époque, le rouge se décline en plusieurs nuances telles que le rouge chaud ou bien le rouge vermillon qui sont les préférés.

En ce sens, le rouge pur étant jugé trop éclatant, on lui préfère également des teintes beaucoup plus douces comme le physalis ou la mandarine dont la nuance semble délayée dans l’or.

La nuance de ces teintes est dès lors rendue à travers les autochromes. Elle est rehaussée d’incrustations noires sur par exemple les tailleurs ou les manteaux en lainage. Elle se veut de plus monochrome pour les chapeaux décorés de plumes et de fines mousselines.

Ce rouge nuancé se déploie également sur les robes du soir. Enrichie de broderies et pierres précieuses, puis associé à l’or et aux fourrures, cette couleur procure une allure des plus glamours.

La combinaison de couleurs afin de procurer de riches imprimés

Les imprimés gagnent en popularité à cette époque et les plus audacieux sont réservés aux tenues d’intérieur comme les pyjamas ou bien les longues robes.

Ces imprimés se retrouvent également sur les blouses qui coordonnées au jupes unies procurent un contraste éclatant. Les robes d’été en foulard au tissu frais et léger se parent aussi de leurs plus beaux imprimés.

Les plaques autochromes démontrent bien toute la fantaisie et l’originalité des imprimés à la mode. Les modèles fabriqués en crêpe de soie ou en voiles de coton arborant de larges motifs se démarquent alors par leurs modernismes et leurs vifs coloris.

Bref, une superbe exposition à découvrir au Palais Galliera de Paris jusqu’au 15 mars 2024.

Photographies : travail personnel et François Berthiaume, Palais Galliera, Paris, 23 septembre 2023.

Source recherche : scénographie de l’exposition et Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Catalogue de l’exposition :

Auteur : collectif, Les couleurs de la mode. Autochromes du Salon du goût français, 1921-1923, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, Éditions Paris Musées, 160 pages.

La mode en mouvement à travers trois siècles d’histoire

Peter Knapp. Modèles en maillots de bain, 1971.

Présentée au Palais Galliera de Paris jusqu’au 7 septembre 2025, l’exposition collections La mode en mouvement est fascinante à découvrir. Présentée en trois parties jusqu’en 2025, cette intéressante exposition donne le ton aux Jeux Olympiques et Paralympiques qui se dérouleront à Paris du 26 juillet au 11 août 2024.

La mode en mouvement

Scénographiée de façon chronologique, cette grande exposition retrace, à travers environ 200 œuvres tirées des collections du musée, l’histoire de la mode de la période allant du XVIIIe siècle jusqu’à de nos jours. Se dresse parallèlement à ce parcours une pertinente thématique transversale attribuée au corps en mouvement.

C’est ainsi que trois siècles de mode et de vêtements destinés à la pratique sportive telle que l’équitation, la natation, le tennis, le ski, le golf, la bicyclette nous est racontée.

L’Art et la Mode. Vive la bicyclette. Périodique, juin 1941.

Cette scénographie interroge également la place qu’occupe le vêtement dans la pratique d’activités sportives et physiques. Le rapport qu’entretient le corps entre le mouvement et le vêtement ainsi que les conséquences sociales de cette évolution.

Les sources de cette mutation

C’est en Angleterre au XVIIIe siècle que se développe, au sein d’une classe sociale aristocratique, amatrice de loisirs et de plein air, l’attirance pour l’activité physique et le sport. La société française alors grandement influencée par ce nouvel engouement adopte aisément ce nouveau mode de vie.

L’élite française, puis par la suite les classes sociales inférieures ont tôt fait d’adopter cette pratique sportive. Au XIXe siècle, la politique sociale française suivant les théories hygiénistes en vogue encourage cette pratique afin de répondre aux doléances de la santé publique.

Costume-tailleur, vers 1900, sergé de laine et velours de soie, soutaches de soie. Il permet de trotter aisément dans les rues de Paris.

C’est ainsi que le rapport au corps, autant celui masculin que féminin, évolue. Le mouvement corporel étant au cœur de la pratique sportive, le vêtement et les accessoires modes doivent s’adapter en conséquence.

Le riche dialogue de l’exposition questionne également la notion de spécialisation du vêtement sportif et d’adaptation, en particulier à la fin du 19e siècle tel que les tenues féminines pour la pratique du sport comme la bicyclette.

Adaptation qui signifie, par conséquent, la masculinisation du vêtement féminin et plus tard l’arrivée du sportswear. Style vestimentaire qui est entré graduellement dans nos garde-robes.

Pierre Louchel, scène après la chasse à courre. 1949.

La façon dont le corps évolue au cours des ans est également mis en valeur dans l’exposition à savoir ce corps sportif ainsi que la manière dont il est valorisé à travers le vêtement et ce, dans le but de mieux saisir comment cette libération du corps en mouvement, par l’activité physique, a contribué à faire évoluer les mentalités sociales.

En raison de cette évolution, les canons de la beauté changent également. D’un corps aux formes rondes qui est valorisé au XVIIIe siècle, la mode évolue afin de valoriser un corps plus svelte.

Se baigner dans la mer au XIXe siècle

Les théories hygiénistes prônées depuis le XVIIIe siècle ainsi que les vertus du bien-être des bains de mer pour la santé amènent la création des premières stations balnéaires comme celle de Dieppe en France.

Avec le développement des chemins de fer, au Second Empire, les stations balnéaires se multiplient le long des côtes normandes et basques.

À cette époque, hommes et femmes sont contraints de se baigner séparément et cette nouvelle activité nautique soulève la question à savoir quelle tenue décente porter en public.

Belle Jardinière. Costume de bain, vers 1875, toile de lin et ruban de sergé de laine.

Il est alors de mise de porter un costume de bain en laine ou en lin couvrant tout le corps se composant d’une tunique à manches longues et d’un pantalon coupé aux mollets. Pour les dames, un corset prévu à cet effet se veut plus court et peu baleiné. Des bas de laine, des espadrilles et un chapeau complètent cette nouvelle tenue balnéaire.

Graduellement, la baignade se démocratise et le costume de bain s’allège et se raccourcit afin de laisser entrevoir notamment les bras.

Costume de bain, vers 1907, sergé de laine, tresse de laine, toile de coton gratté, broderie de coton, boutons en ivoire.

Rouler à bicyclette

Autre sport d’intérêt est la bicyclette. La pratique de cette activité physique se développe vers les années 1870 et, en 1880, le Championnat de France de vélocipède est créé. Les femmes enfourchent à leur tour la bicyclette, symbole de liberté et de mouvement.

Tenue de cycliste, vers 1900. Spencer en toile de laine chinée, sergé de laine et de soie et boutons en bois. Culotte en toile de coton nattée et boutons en nacre.

Mais, cette nouvelle activité suscite beaucoup de critiques notamment du point de vue médicale où elle représente, pense-t-on, un danger pour la fertilité de la femme. Afin de pratiquer ce sport plus aisément, une culotte, vêtement bifide, fendu en deux, inspiré du vestiaire masculin est alors portée par les femmes.

Ce nouveau vêtement féminin vient donc bousculer la définition du genre et questionne en même temps la pudeur ainsi que la décence.

Vers une nouvelle libération du corps

Les années 1910 marquent une période de transition. Entre la Belle Époque et la modernité des années 1920, la Première Guerre mondiale qui sévit en Europe de 1914 à 1918, amène de profonds changements sociaux. Les hommes partis au front pour se battent, les femmes remplacent les hommes au travail et s’émancipent graduellement.

La mode se veut dès lors plus simple et pratique. En raison du manque de tissu et du nouveau mode de vie, les tenues raccourcissent et les modèles se modernisent.

Maison Chéruit. Tailleur, 1914, toile de laine crêpée, pékin de coton.

La danse comme moyen d’expression

La guerre maintenant terminée, les femmes s’émancipent. Elles sortent, fument, prennent un verre et dansent au rythme du charleston, du fox-trot et du black-bottom. Les corps en mouvement se dévoilent, les robes raccourcissent, la silhouette est droite et l’allure féminine est androgyne. Les tenues de jour sont sobres et elles sont luxuriantes pour le soir laissant ainsi paraître de magnifiques broderies.

Robe du soir, vers 1925, taffetas de soie crêpé, broderies au crochet de perles et de demi-tubes.

Triomphe de la ligne et de la coupe

Les années 30 marquent le retour à la féminité grâce à la ligne et la coupe du vêtement qui se veulent plus sophistiquées et classiques. Toujours en accord avec le concept de la mode en mouvement, le pyjama du soir fabriqué en satin est apprécié pour son confort et se hisse au rang des tenues de réception décontractées du moment.

En marge de ce mouvement, la pratique du ski alpin favorise une évolution du style qui tend vers une certaine uniformité. La tenue féminine en vogue puise ses sources d’inspiration du vestiaire masculin. C’est ainsi que veste et pantalon de style norvégien sont à la mode. Ces tenues sont élégantes et à la fois adaptées à la pratique de ce sport.

Maison Tunmer, ensemble de ski vers 1935, sergé de laine.

En 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate et force les maisons de couture à créer différemment, car elles sont soumises à plusieurs contraintes comme celle de l’approvisionnement en matières premières telles que la laine, la soie et le cuir.

La silhouette du vêtement est alors caractérisée par des épaules carrées, une taille plus marquée que lors de la décennie précédente et la jupe raccourcie jusqu’au genou.

Tailleur, vers 1943, toile de laine.

L’année 1945 marque la fin de cette Seconde Guerre mondiale et, en 1947, Christian Dior innove en lançant la ligne corolle alors baptisée le New Look. Les épaules sont arrondies, la taille est fine, elle est à nouveau corsetée par cette fois-ci une guêpière, et la jupe est d’une ampleur démesurée. C’est également l’âge d’or de la haute couture parisienne.

Parallèlement à cette mode très glamour, se développe aux États-Unis, le sportswear. Influencés par les stars américaines, le blouson en cuir et les vêtements confortables en maille gagnent en popularité.

Le prêt-à-porter émergent au rez-de-chaussée des maisons de couture en Europe. Il devient de plus en plus de qualité et influencera les créations de la haute couture, la mode en mouvement évolue à nouveau.

Elsa Schiaparelli, veste de chasse, haute couture, 1950, cuir pleine fleur, tricot de laine au dos, boutons en cuir et métal par François Hugo.

La mode jeunesse des années 60

Contrairement à la décennie 50, la mode des années 60 est frivole et libre. Elle est beaucoup moins cintrée et le vêtement tend à s’éloigner du corps. Par le biais de découpes échancrées et de jeux de transparence, le corps se révèle de plus en plus.

La conquête spatiale influence également la mode. La combinaison en vogue souligne la silhouette et permet une liberté de mouvement total. Le short et le pantalon sont les nouveaux symboles de la révolution sexuelle et ce désir d’émancipation chez la femme.

Madame Grès, combinaison, collection A/H 1971, cuir nubuck, tannage au chrome, toile de coton, métal cuivreux.

La créatrice britannique Mary Quant lance, en 1962, la minijupe et suivent ensuite les minirobes. Celles-ci facilitent la marche et révèlent encore plus les jambes. Portées en ville comme sur les courts de tennis, ces jupes et robes très courtes provoquent une onde de choc.

Flip Flap, robe de tennis, vers 1969, jersey synthétique et fibre de polyester mélangée.

Le culte du corps athlétique

Les jeunes créateurs français et étrangers, désormais directeurs artistiques des maisons de couture et à la tête de leurs propres griffes, vont de nouveau bouleverser la mode de la décennie 80.

Thierry Mugler et Claude Montana proposent des silhouettes structurées à carrure d’épaules très larges symbolisant ainsi une femme puissante. Elle est affirmée sur le marché du travail et son allure vestimentaire le démontre tout autant.

Claude Montana. Ensemble robe-manteau et maillot de bain, collection P/E 1984.

Lors de cette décennie, l’utilisation des matières souples procure également une certaine fluidité au mouvement. Le confort demeure la priorité des créateurs de mode qui s’inspirent de l’esthétique sportive de l’aérobic et des premiers concours féminins de culturisme pour innover.

De nouvelles matières légères et élastiques comme le stretch voient le jour et permettent d’épouser le corps en mouvement à merveille.

Michel Goma, figures en tenues de plage, vers 1980.

Le sportswear comme nouveau mode vie

Le vêtement classique en 1990 est, plus que jamais, déconstruit. Les matières techniques, le minimalisme des formes et de la coupe, la fluidité du vêtement permettent dorénavant un confort total et procurent un mouvement du corps, sans aucune entrave, jusque-là jamais égalé. Le t-shirt et les leggings en sont d’ailleurs de bons exemples.

Comme des Garçons, ensemble robe et tee-shirt, collection P/E 1990, jersey de nylon.

Des maisons de couture telles que Chanel maintenant dirigée sous la griffe artistique de Karl Lagerfeld insufflent une image de marque sportive valorisant ce corps svelte tout en respectant les codes de luxe et de sophistication de la maison.

CHANEL, ensemble cocktail, veste et caleçon, Karl Lagerfeld, collection P/E 1991, jersey de coton brodé de paillettes, ganse en gros-grain, caleçon en jersey de coton et lycra.

Plus présent que jamais, le sportswear puisse ses sources d’inspiration de la rue, du hip-hop, de la mode grunge. Influences qui se veulent moins matérialistes.

Les baskets et sneakers à la conquête des podiums de la mode

C’est grâce à l’invention du caoutchouc que sont apparues les premières chaussures de sport. En 1917, l’entreprise américaine Converse lance sa première chaussure sportive adaptée pour la pratique du basket-ball. Cette chaussure à tige haute sert à maintenir la cheville en place.

Graduellement, basket et sneaker vont quitter les terrains sportifs pour s’introduire dans le vestiaire de ville. Elles vont par la suite conquérir les podiums de la mode et lors des années 2000, les maisons de couture telles que Balenciaga puis Christian Dior, Chanel et Valentino vont créer leurs propres modèles.

Fortes de ce succès, ces chaussures sont devenues au fil du temps un véritable phénomène mode qui cible la société tout entière.

Louis Vuitton, basket Archilight, collection P/E 2018, toile de nylon et cuir.

Bref, une fascinante exposition à voir qui permet de saisir l’évolution de la mode en regard du mouvement et ce, au fil du temps. La première partie est présentée au Palais Galliera de Paris jusqu’au 15 mars 2024 et cette exposition se poursuivra jusqu’en septembre 2025.

Présentation de la première partie : 16 juin 2023 au 15 mars 2024.

Présentation de la seconde partie : 20 avril 2024 au 5 janvier 2025.

Présentation de la troisième partie : 8 février 2025 au 7 septembre 2025.

Photographies : travail personnel et François Berthiaume, 23 septembre 2023, Palais Galliera de Paris.

Source recherche : Scénographie de l’exposition et Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Aller au-delà de la mode avec ALAÏA et GRÈS

Présentée jusqu’au 11 février 2024 à la Fondation Azzedine Alaïa de Paris, l’exposition ALAÏA/GRÈS. Au-delà de la mode est fabuleuse à découvrir !

Forte de soixante magnifiques créations, cette exposition relate le dialogue fusionnel entre Azzedine Alaïa et Madame Grès, de son véritable nom Germaine Émilie Krebs.

Deux grands couturiers ayant vécu à des époques différentes et dont l’art de la sculpture était le leitmotiv de création. L’une désirait d’ailleurs devenir sculptrice tandis que l’autre a étudié la sculpture à l’école des Beaux-Arts de Tunis.

À gauche : Madame Grès, haute couture P/É 1956, robe cocktail en crêpe de soie gris perle, encolure bateau, dos fuselé dessiné par 2 pans plissés tombants. Azzedine Alaïa, haute couture, P/E 1990, robe en mousseline organza de soie grise, manches courtes, décolleté en V et jupe très ample à plis creux.

Cette passion partagée a servi à magnifier le travail du drapé pour ce qui est de Madame Grès et pour ce qui est d’Azzedine Alaïa, le travail de la coupe à plat afin de créer de superbes robes sculptées. Dépouillées de tous artifices, ces créations, apparemment toutes simples, cachent une extrême complexité de conception et de coupe du vêtement.

Au centre droit : Azzedine Alaïa, PAP, A/H 2010-11, robe courte noire à manches longues en maille jacquard à rayures.

Madame Grès, haute couture 1960, robe du soir en organza de soie bleu à découpes sur le côté, drapée et nouée au dos.

Fortement guidés par le tissu comme première source d’inspiration, les deux grands couturiers créés d’impressionnants volumes et formes. Puis, s’ajoute à cela le choix des couleurs qui sont principalement monochromes comme le noir intense et le blanc plâtre lumineux afin d’adhérer à une véritable communauté de création et d’idées.

À gauche : Madame Grès, haute couture 1960, robe de cocktail en faille de soie bleu encre, encolure fraise et poignets à volants plissés carrés, dos croisé. Azzedine Alaïa haute couture A/H 2017, robe longue en maille de laine jacquard noire et bleue à motifs floraux avec appliqués de bandes froncées, jupe en maille de soie noire doublée en organza beige plissée soleil.

Lors de cette visite, ce qui fascine le plus, c’est la beauté et la féminité des robes présentées. Le savant travail de drapé de Madame Grès est impressionnant à admirer et nous transporte littéralement à la période antique alors que les femmes grecque et romaine se paraient de leurs plus beaux atours grâce à l’art du drapé.

Le travail d’Alaïa, beaucoup plus moderne démontre toute la complexité de la coupe du vêtement. Son style ultra féminin et très sexy à la fois insuffle une allure de star digne des plus grands tapis rouges.

Au centre : Madame Grès, haute couture 1950, robe du soir en velours de soie rouge carmin, jupe rehaussée de plis canon.

Grès et Alaïa, c’est aussi la réunion de l’exigence des proportions du modèle, de la rigueur de la coupe à plat, qu’il s’agisse des robes du soir ou bien celles du jour. Les drapés de Madame Grès s’incarnent à merveille dans les robes longues fluides et plissées d’Azzedine Alaïa. Le jersey adoubé qu’utilisait Grès pour créer se traduit plus tard en maille et en matériaux souples chez Alaïa.

Au centre : Azzedine Alaïa, haute couture P/E 1986, robe longue en maille d’acétate et mousseline de soie rouge, manches longues, décolletée au dos à ourlet asymétrique.

Les créations de Madame Grès sont intemporelles et toujours actuelles aujourd’hui, quant à celles d’Azzeline Alaïa, elles sont définitivement hors du temps. C’est ainsi que cette belle exposition permet de découvrir des modèles qui vont bien au-delà des modes.

Au centre : robe de scène dessinée pour Les Noces de Figaro en 2013, robe manteau en taffetas de soie noir doublé faille de soie rouge avec grande capuche.

Bref, peu de mots pour décrire combien cette exposition est formidable à visiter et elle est définitivement à voir jusqu’en février 2024 si vous êtes de passage par l’envoutante ville de Paris !

Fondation Azzedine Alaïa, 18 rue de la Verrerie, IVe arrondissement, 75004 Paris.

Photographies, travail personnel, Fondation Azzedine Alaïa, 25 septembre 2023, Paris.

Source recherche : Communiqué de presse, AZZEDINE ALAÏA COLLECTIONNEUR – ALAÏA/GRÈS. Au-delà de la mode.

Lancement remarqué du magazine COLLABORARE au Campus Notre-Dame-de-Foy

C’était soir de fête, à l’École de mode du Campus Notre-Dame-de-Foy, mercredi 4 octobre dernier grâce au lancement du tout nouveau magazine COLLABORARE 2023.

Et, pour cause, car issu d’une collaboration stimulante entre le CNDF, le Cégep de Matane et le SEPR, Centre de formation professionnelle français de Lyon, ce magazine est un remarquable modèle de l’internationalisation de la formation académique actuelle.

Finissantes : Rebecca Tremblay et Élodie Veillette.

Le projet

Les étudiants de la formation en photographie du Cégep de Matane collaborent avec les étudiants de l’École de mode du CNDF depuis 2017. Et, de cette façon, les collections réalisées par les finissants en design de mode du Campus Notre-Dame-de-Foy sont photographiées par leurs collègues, de futurs photographes. Depuis cette même année, le CNDF collabore également avec le programme français des métiers de la mode de la SEPR.

Allocution de monsieur Jérôme Bourque, professeur de photographie au Cégep de Matane.

Et, la suite

En 2019, Robert Baronet, qui est coordonnateur et enseignant au programme de photographie de Matane, a eu l’idée de créer une collaboration entre les trois institutions d’enseignements afin de lancer un magazine mode mettant en vedette le talent de tous ces étudiants.

Chose faite, ce magazine est réalisé depuis chaque année et permet de mettre en valeur le talent et les créations de ces futurs designers de mode. Créations qui sont magnifiées par de talentueux photographes et stylistes modes.

Olivier Plaud et Elie Maheu, étudiants de 2ième année.

Afin de réaliser cet intéressant magazine, trois enseignants de l’école de mode soient mesdames Line Bussières, Hélène Plante et Julie Ouellet ainsi que monsieur Yves Arcand, coordonnateur et enseignant au département de photographie sont en charge de l’ensemble du processus créatif de ce magazine.

Fort de cette vision créative unique en son genre, c’est monsieur Jacques Tranchant, partenaire et enseignant au programme d’Études de réalisation du projet de communication de la SEPR qui invite ses étudiants, situés de l’autre côté de l’Atlantique, à réaliser les différentes maquettes.

Celles-ci sont ensuite évaluées par un comité professoral afin de choisir la meilleure réalisation. La maquette sélectionnée est, par la suite, améliorée. Détails techniques et visuels, rien n’est laissé au hasard, puis vient ensuite l’impression du magazine chez ce précieux partenaire français qu’est la SEPR et, voilà, le résultat final !

De gauche à droite : Sabrina Blouin-Corriveau, Myriam Patry, Justine Caron, Rebecca Tremblay, Xavier Moreau, Élodie Veillette, Francis Carrier, Léa Bourget-Pelletier.

En feuilletant ce magazine avec intérêt, ce qui retient l’attention en premier lieu, c’est le professionnalisme de l’ouvrage, puis vient ensuite l’originalité de la mise en page et la qualité des photographies publiées. Finalement, l’émotion qui s’en dégage est un moment de pur bonheur !

Bref, un superbe projet qui met en valeur tout le travail de ces talentueux finissants en design et futurs designers de mode québécoise, sans oublier, bien sûr, une superbe soirée passée en leur compagnie, bravo !

Photographies : Travail personnel et François Berthiaume, École de mode du Campus Notre-Dame-de-Foy, 4 octobre 2023.

Dialogue Mode & Art entre Yves Saint Laurent et Claudia Wieser

Le Musée Yves Saint Laurent, situé au 5, avenue Marceau à Paris, est impressionnant à visiter et dimanche 24 septembre 2023 la découverte de l’exposition Yves Saint Laurent – Formes, décors et œuvres de Claudia Wieser bonifiait ce sentiment.

Yves Saint Laurent formes, c’est la rencontre artistique entre le legs d’Yves Saint Laurent, grand couturier de génie, et la talentueuse artiste allemande Claudia Wieser.

Riche d’une quarantaine de modèles haute couture et de prêt-à-porter, d’accessoires modes, de croquis parmi les plus audacieux du grand couturier, cette intéressante exposition propose un dialogue franc entre les décors et œuvres de Claudia Weiser et les créations d’Yves Saint Laurent. Conversation artistique inédite qui procure une expérience totale inscrivant sans contre dit le travail de Saint Laurent dans l’époque contemporaine.

Dès 1960, Yves Saint Laurent créé des modèles alliant simplicité de la coupe et des formes à la rigueur des lignes et couleurs vives qu’il utilise. Ses créations s’inscrivent, à ce moment, bien dans l’air du temps et suivent ainsi les courants artistiques modernes d’abstraction simple et géométrique des formes, de mouvement artistique du constructivisme et de l’art concret.

De gauche à droite : jumpsuit d’un ensemble de jour, haute couture A/H 1984, jersey de laine. Ensemble de jour blouson et pantalon, haute couture A/H 1984, tweed de laine. Jumpsuit, haute couture P/E 1975, gabardine de laine. Jumpsuit d’un ensemble habillé, haute couture, A/H 1969, jersey de soie. Ensemble tunique et pantalon, collection Saint Laurent, rive gauche, A/H 1969, jersey de laine.

À cette même époque, Yves Saint Laurent créé des robes minimalistes comportant des combinaisons de couleurs monochromes saisissantes. Il imagine également des compositions de formes abstraites tantôt épurées et parfois plus exubérantes, ce qui procure des surfaces planes aux teintes très vibrantes. Ce qui est visuellement de matière picturale se transforme, sous son talent, en création textile fabuleuse équilibrant ainsi aisément les couleurs, formes, surfaces et lignes de ses modèles.

En avant-plan : Robe de jour, collection Saint Laurent rive gauche, A/H 1997, jersey de laine. En arrière-plan : robe d’un ensemble habillé, haute couture, A/H 1966, jersey de laine.

Lors du parcours de l’exposition, les dynamiques installations géométriques aux couleurs vibrantes de Claudia Wieser renforcent ce sentiment d’expérience totale entre les créations d’Yves Saint Laurent et l’artiste.

Le grand couturier aux mille talents oppose également facilement le noir au blanc afin de créer par l’effet de jeux optiques de fascinants mouvements à ses créations.

Le noir est la teinte favorite d’Yves Saint Laurent pour les tenues du soir comme pour celles du jour. Par un subtile jeu de contrastes, opposé au blanc, de symétries et d’effets optiques, le grand couturier créé un incroyable répertoire visuel de formes qu’il décline sans cesse.

À gauche complètement : robe de cocktail, collection Saint Laurent rive gauche, P/E 1983. Robe de soir, haute couture P/E 2000, cloqué de soie et organdi de soie. Ensemble de soir, haute couture, P/E 1980, satin de soie brodé. Robe habillée, haute couture, P/E 1988, shantung et satin de soie. Robe de jour, collection Saint Laurent rive gauche A/H 1997. Tailleur, collection Saint Laurent rive gauche P/E 1980, gabardine gansée de laine. Robe d’un ensemble de soir, haute couture, P/E 1975, jersey de soie. Ensemble de soir, collection, haute couture A/H 1994, crêpe et velours de soie.

Claudia Wieser, pour créer ce dialogue artistique, porte une attention toute spéciale aux formes et couleurs. Plusieurs courbes, angles droits, sphères ou lignes brisées sont mises en scène afin de procurer cette expérience totale inédite.

À propos de Claudia Wieser

L’artiste se définit comme intuitive et spirituelle. Elle puise notamment ses sources d’inspiration des œuvres de Vassily Kandinsky et Paul Klee pour créer. Claudia Wieser se plaît à explorer les constructions géométriques modernes et elle est reconnue pour produire de remarquables installations immersives et contemplatives à la fois.

Bref, une superbe exposition définitivement à voir si vous êtes de passage à Paris et ce, jusqu’au 14 janvier 2024 afin d’apprécier ce fin dialogue entre le legs d’Yves Saint Laurent et le travail de Claudia Wieser.

Le Studio d’Yves Saint Laurent et le célèbre tailleur hommage à Piet Mondrian, collection haute couture P/E 1980, prototype, toile de coton.

Photographies : travail personnel, Musée Yves Saint Laurent, Paris, 24 septembre 2023.

Source : Documentation scénographique, Musée Yves Saint Laurent, Paris.

Le manifeste de la mode de Gabrielle Chanel

Présentée en 2020-21 à Paris à l’occasion de la réouverture du Palais Galliera suite à des travaux d’agrandissement, la grande exposition Gabrielle Chanel. Manifeste de la mode est maintenant présentée au V&A de Londres sous le titre : Gabrielle Chanel. Fashion Manifesto et ce, jusqu’au 25 février 2024. La mise en vente des billets, pour le grand public affiche présentement sold-out et avec raison.

Cette grande exposition est divisée en deux parties, la première, articulée de façon chronologique, évoque les débuts de Gabrielle Chanel par quelques pièces iconiques telles que la fameuse marinière en jersey créée en 1916.

La seconde partie de l’exposition relate son retour à la mode, après la Seconde Guerre mondiale, et se veut plus thématique afin de décrypter les codes vestimentaires de la maison tels que le fameux tailleur en tweed gansé, les célèbres escarpins bicolores, le sac matelassé, les bijoux de fantaisie et la haute joaillerie, tous des indispensables de l’allure intemporelle de Chanel.

Blouse marinière, 1916.

Créatrice hors norme Gabrielle Chasnel dite Coco Chanel révolutionne la mode de l’époque à sa façon et écrira au fil du temps un véritable manifeste de la mode.

Biographie – Gabrielle Chasnel

Vers une nouvelle élégance

À cette époque, Paul Poiret règne en maître en matière de mode féminine sur Paris. Et, Gabrielle Chanel va, dès 1912, révolutionner à son tour le monde de la mode. C’est à Deauville, Biarritz et Paris qu’elle signera son manifeste de la mode, l’histoire de sa vie.

Le style Chanel se précise peu à peu par notamment la création de la petite robe noire, qualifiée de Ford de la robe en 1926 par le magazine Vogue américain. Ses modèles sports durant les années folles jusqu’aux robes plus sophistiquées des années 30 affinent ce style si singulier.

Robe en crêpe de soie, verre et métal, 1926.

Robe 1930-35, coton imprimé.

Certains de ces modèles sont figés dans le temps et sont bien représentatifs de l’époque à laquelle ils appartenaient tandis que d’autres sont encore très actuels.

Robe en crêpe de soie noire, tulle, dentelle et perles brodées.

Cette section de l’exposition est magique et elle nous transporte dans un univers de rêve. Les dentelles, broderies, le travail de perlage et les fabuleux tissus utilisés confèrent tout le talent et le savoir-faire de la créatrice ainsi que de sa maison.

Chandail et jupe en laine, 1920.

Robe à plis et veste en taffetas de soie, 1926.

Robe en chiffon de soie imprimée, 1930

La visite de cette impressionnante exposition permet également de découvrir une salle dédiée exclusivement au célèbre parfum No 5 lancé en 1921, symbole même de l’ADN de Coco Chanel.

Au cours de ce riche parcours biographique, plusieurs superbes portraits photographiques de Gabrielle Chanel accompagnent l’intéressante scénographie et démontrent à quel point la créatrice française incarnait sa marque.

1939 – Début de la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale éclate en Europe et force la fermeture de sa maison de couture. Seule, au 31 rue Cambon à Paris, demeure ouverte la boutique phare où la clientèle peut retrouver les parfums et accessoires modes de la marque.

La Seconde Guerre mondiale prend fin en 1945 et, en 1947, Christian Dior innove à son tour en proposant le New Look. Gabrielle Chanel n’apprécie pas du tout ce style corseté qu’elle conteste vivement et réagit, en 1954, par son retour à la mode en proposant, allant complètement à l’opposé de ce style, le célèbre tailleur Chanel.

Ce tailleur en laine, gansé s’accompagne d’escarpins bicolores, d’un sac à main matelassé, de bijoux de fantaisie et de la haute joaillerie. À nouveau, une silhouette moderne et bien dans l’air du temps poursuit l’écriture de ce manifeste de la mode.

La dernière section de l’exposition est émouvante à visiter, puisqu’elle nous plonge littéralement dans le décor fictif du célèbre escalier de la boutique Chanel de la rue Cambon.

Bref, une remarquable exposition qui permet d’apprécier l’histoire de la vie, sous forme de manifeste, de cette grande dame de la mode qu’était Gabrielle Chanel.

Photographies : travail personnel et François Berthiaume, 20 septembre 2023, V&A, Londres.

Sources recherches :

Palais Galliera, exposition passée 2020-21, Gabrielle Chanel. Manifeste de la mode.

Gabrielle Chanel, édité par Oriole Cullen & Connie Karol Burks, V&A Publication, 2023.

Esther Trépanier raconte la beauté et l’apparence des années folles

Toujours aussi passionnée et volubile, Esther Trépanier, professeure émérite au département d’histoire de l’art de l’UQAM de 1981 à 2020, a présenté le 6 septembre 2023 au MNBAQ une conférence Art & Mode des plus fascinantes.

Pour clore la magnifique exposition de l’été présentée au musée intitulée Alexander McQueen : l’art rencontre la mode, Esther Trépanier a dressé un éloquent portrait permettant de comprendre le lien unissant l’art et la mode notamment sous le regard artistique des frères Henri et Adrien Hébert.

Couvrant principalement la période de 1920 à 1930, cette conférence nous a transportés dans cette période de transition qui marqua le monde entier. Celle de l’après-Première Guerre mondiale jusqu’au krach boursier de 1929.

Cette période de transformation est notable au Québec, car la belle province évolue afin de passer d’un mode de vie rural à celui d’Urbain. Et, en 1931, 63% de la population vit en ville.

De ce fait, les canons de la beauté et du corps changent aussi, de même que les codes vestimentaires. L’influence des activités sportives et des loisirs amène les peintres à observer ce nouveau mode de vie en s’en inspirent pour créer des toiles évocatrices de cette époque.

L’Art déco succède à l’Art nouveau, ses formes architecturales sont plus carrées, droites, longilignes et la mode féminine suit également cette influence.

Les femmes s’émancipent, c’est la mode dite à la garçonne, elles fument, sortent dans les cabarets et adoptent des comportements sociaux jusque-là réservés à la gente masculine.

Le Québec de cette période demeure tout de même puritain et très religieux. Dans ce contexte, tout excès de goût, de manière de faire ou d’être est réprimandé ou proscrit.

Par exemple : le nu peint par Lilias Torrance Newton, en 1933, fait scandale. La pilosité du personnage féminin est apparente, elle est maquillée, porte du vernis à ongle et porte également des sandales à talons hauts. Hauteur de talons à la mode à cette époque.

Bref, une enrichissante conférence qui a permis de saisir le contexte historique, artistique et culturel de cette période foisonnante de changements.

Photographies : travail personnel, 6 septembre 2023, MNBAQ.

La seconde soirée passée au M.A.D. Festival était remplie d’émotion et de créativité

La seconde soirée passée au M.A.D. Festival, festival Mode, Art et Divertissement, était tout aussi vibrante que celle précédente et, ce soir-là, Dame Nature était plus coopérante.

Pauline Berndsen danse

Une programmation variée permettait de découvrir les créations de douze designers argentins, de Véda Danaé designer de la marque Sad Rich Kids, de Gisela Belo designer de la marque AFROKIKI, d’Ysaline Lannes designer d’Atelier 1er MAI, de Guillam Chaigne, de l’impressionnant défilé du Collège LaSalle et de Barcode Magazine.

Véda Danaé designer de Sad Rich Kids présentait ce soir-là son intéressante collection aux lignes simples et épurées intitulée : Envoi des corps.

Accompagnés du talentueux chanteur Edwin Basora Hernandez alias Ed Winter les corps en mouvement déambulaient sur cette mélodie enivrante procurant bonheur et soir de fête !

Gisela Belo designer de la marque AFROKIKI a présenté un défilé de mode à couper le souffle intitulé : Afro Summer Vibe

La superbe vidéo diffusée en toile de fond et les jolis modèles proposés qui sont taillés dans de fabuleux tissus à motifs colorés, pour la saison estivale à venir, inspiraient mer du sud, bonheur et joie de vivre.

La mode argentine était à l’honneur au festival vendredi soir dernier. Et, douze créateurs argentins de grands talents donnaient le ton à cette superbe soirée Mode, Arts et Divertissement.

Parmi ceux ci : ACENTO DE AUTOR B L A C K Ñ A N D Ú Chicco Ruiz FRUTO Luciana Regolo Marina Massone Lasmmpascual Nicéfora PÓLVORA Qara Totl’e Velasco

Ce défilé haut en couleur et en style était d’ailleurs un des coups de cœur perso de la soirée en raison de l’originalité des modèles présentés, les matières utilisées et l’incroyable talent des créateurs présents.

Toujours un plaisir renouvelé que de découvrir les belles créations d’Ysaline Lannes designer de 1er MAI

Et, vendredi soir dernier ne faisait pas exception avec la présentation de sa nouvelle collection unisexe inspirée des vêtements de travail et des contre-cultures.

Le savoir-faire de fabrication à partir de tissus recyclés, l’upcycling, est bien visible dans l’ensemble de ses collections. Et, celle-ci est un coup de cœur également de la soirée en raison de l’originalité des modèles présentés, de la complexité du design et de la fabrication de chaque pièce.

Ah, Guillaum Chaigne c’est l’enfant terrible de la mode actuelle et sa collection de streetwear haut de gamme démontrait aisément ce côté rebelle assumé.

Complètement autodidacte de formation, en jasant avec lui on apprend que sa réflexion artistique est songée, car il déconstruit le vêtement pour mieux le reconstruire par la suite et le résultat est probant.

Et, qui dit esprit rebelle, dit souvent esprit romantique à la fois. Pour cette collection, Chaigne a revisité à nouveau la petite robe noire créée par Gabrielle Chanel en 1926, la Ford des robes, de façon ultra féminine et sexy à la fois. Ces jolies robes sont d’ailleurs LES coup de cœur perso de la collection.

Autre enfant terrible de la mode, celui des écoles de mode à savoir le Collège LaSalle. Et, ce défilé performance ne manquait pas de créativité ni d’audace.

Intitulé le WALK-IN, les mannequins, danseurs et artistes, qui ont défilé devant les festivaliers ébahis, ont épaté ces derniers en créant des looks incroyables à partir des 250 créations réalisées par les finissants en design de mode du collège.

Cette prestation artistique était follement agréable et festive à la fois, un mémorable moment !

Bref, d’inoubliables moments passés au M.A.D. Festival à admirer tout le talent et la créativité des designers d’ici et de l’étranger. Longue vie donc à ce grand happening Mode, Art et Divertissement qu’est le M.A.D. Festival.

Photographies, François Berthiaume, M.A.D. Festival, 25 août 2023, Place des Festivals, Montréal.

Mémorable soirée d’ouverture passée au M.A.D. Festival 2023

Le M.A.D. Festival, festival Mode, Arts et Divertissement a débuté jeudi 24 août dernier et cette première soirée de défilés de mode, de danse et de musique était mémorable.

Au programme ce soir-là, Cassandre Brillant designer de la marque La Fille de Priam, Dorsa Babaei designer de la marque Dorsali, Casimir Paquet designer de la marque MI-CARÊME et Helmer Joseph ont présenté leurs splendides collections.

Pour débuter la soirée en émotion à 17 heures, un vibrant hommage a été rendu, par Geneviève Borne, à Raymond Pilon allias Zïlon artiste peintre canadien décédé subitement cet été. Elle a lu, pour son défunt ami, un touchant poème intitulé : Mon punk à moi.

À l’image de l’été que nous avons vécu, une averse soutenue est venue clore le festival de façon inattendue un peu avant 20 h 00 et le lancement du MAD SHOPPE a donc été reporté à dimanche 27 août dernier.

Cassandra Brillant, designer de La Fille de Priam, a présenté un incroyable défilé de mode. Performance artistique des plus originales ou chorégraphie et musique s’amalgamaient à merveille afin de réaliser des modèles peints à la main directement sur la scène procurant ainsi des styles uniques d’un bleu saisissant.

Dorsa Babaei designer de Dorsali a présenté à son tour un superbe défilé de mode au titre évocateur tiré du slogan Femme- Vie – Liberté. Moment fort de la soirée, Dorsa Babaei rendait ainsi hommage au peuple iranien, son pays d’origine, après le décès tragique de Mahsa Amini, âgée seulement de 22 ans, l’an passé.

Accompagnés par une impressionnante vidéo, les mannequins déambulaient sur scène en se fondant au décor visuel des lieux procurant ainsi un effet optique hors du commun.

Énorme coup de cœur d’ailleurs pour les modèles créés à partir du tissu à joli motif coloré. Une des sources d’inspiration des designers est bien souvent d’ailleurs le tissu.

Le défilé de mode intitulé Grésil présenté par Casimir Paquet, designer de la marque MI-CARÊME, était fort sympathique.

Son approche réfléchie du travail de style patchwork révisé suivant les tendances du moment était fort intéressante. Les chapeaux, sacs, chandails et vestes présentés sont d’ailleurs LES coup de cœur perso de ce défilé.

La danse était aussi à l’honneur lors du festival et, en images, quelques mémorables moments de la soirée.

La compagnie Umoja présente Lumin’essence

Helmer Joseph, c’est la joie de vivre et ses collections sont à son image, colorées, vivantes et arborent à la fois un brin d’humour.

Celle présentée ce soir-là intitulée : Le mari de la Couturière ne faisait pas exception. Collection masculine où Joseph nous a impressionnés par les fabuleux tissus, coupes et styles composant les tailleurs masculins qui ont été présentés.

Bref, une soirée grandiose en style, en couleurs et en émotions comme seule Montreal Fashion et le M.A.D. Festival savent nous les offrir, bravo !

Photographies, François Berthiaume, M.A.D. Festival, 24 août 2023, Place des Festivals, Montréal.