Impacts des tarifs douaniers sur l’industrie canadienne de la mode

Paul King, Bob Kirke et Mathieu St-Arnaud Lavoie

Le 20 janvier 2025, Donald Trump a été élu 47e président des États-Unis et depuis ce jour, en raison de sa vision protectionniste de l’économie américaine, de nouvelles menaces tarifaires pèsent notamment sur l’industrie canadienne de la mode et de l’habillement.

Le 23 avril dernier, lors du salon Première Vision Montréal, une pertinente conférence intitulée : l’impact des tarifs sur les importations canadiennes aux États-Unis, animée par Mathieu St-Arnaud Lavoie, directeur général chez mmode nous a permis de mieux saisir ces enjeux. En compagnie de ses deux invités, Paul King, président de KenDor Textiles, et Bob Kirke, directeur exécutif de la Fédération Canadienne du Vêtement, Mathieu St-Arnaud Lavoie a dressé un portrait fort éloquent de la situation.

Contexte commercial entre le Canada et les États-Unis

L’industrie canadienne de la mode et de l’habillement évolue depuis plus de 35 ans dans un environnement de libre-échange fructueux avec notre pays voisin du sud, les États-Unis. Dans ce contexte économique privilégié, les vêtements, les accessoires modes et les chaussures portant le label « fabriqué au Canada » bénéficient d’un accès de choix sur le marché américain.

Des accords commerciaux historiques

D’abord, celui de 1988, l’ALE, l’Accord de libre-échange signé entre le Canada et les États-Unis, puis en 1994, l’ALENA, l’accord signé, cette fois-ci entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Et, depuis 2020, l’ACEUM, l’accord signé de nouveau entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Accords commerciaux qui ont permis graduellement l’intégration des chaînes d’approvisionnement, la croissance des exportations canadiennes vers les États-Unis et la création de milliers d’emplois au Canada.

L’effet à prévoir du protectionnisme américain

Aujourd’hui, malgré ce partenariat historique gagnant, de nouveaux tarifs menacent l’industrie de la mode canadienne. Si ces tarifs douaniers se concrétisent, ces derniers viendraient fragiliser l’accord de l’ACEUM et briser des décennies de partenariat économique en commun.

Si le gouvernement américain impose des barrières tarifaires sur les produits portant le label « fabriqué au Canada », c’est tout l’écosystème de la mode et de l’habillement canadien qui se verrait affecté par la perte de nombreux emplois particulièrement dans la fabrication en série de vêtements. Supprimer cet important avantage concurrentiel signifierait contraindre les entreprises canadiennes à fabriquer leurs vêtements à l’étranger en raison des coûts additionnels.

Appliquer ces tarifs douaniers afin d’exporter nos produits mode portant le label « fabriqué au Canada » sur le marché américain aurait, dans ce cas, d’importantes conséquences économiques pour nous.

D’où l’importance pour les entreprises de trouver de nouveaux marchés à l’échelle mondiale afin d’exporter nos produits mode, car cette tendance protectionniste pourrait devenir la norme.

Une lueur d’espoir

Depuis les dernières semaines, les récentes négociations commerciales ont permis de conserver un certain statu quo, à savoir qu’il n’y a aucune limite ni aucun changement sur l’admissibilité des vêtements, chaussures et accessoires modes fabriqués au Canada en destination des États-Unis. Ce qui démontre la force du dialogue et de la mobilisation entre nos deux industries.

Bon à savoir

Les États-Unis enregistrent un excédent commercial non négligeable de plus d’un milliard de dollars américains envers le Canada dans le domaine de la mode, du vêtement et du textile. Ce qui signifie que maintenir les conditions commerciales actuelles est définitivement dans l’intérêt des deux pays.

D’autres enjeux importants sont à venir lors des prochaines discussions commerciales entre le Canada et les États-Unis.

Premier enjeu, la règle du minimis qui signifie l’entrée sans droits de douane aux États-Unis des produits d’une valeur inférieure à 800 $US est un pilier important pour le commerce électronique. Toutes modifications apportées à cette règle pourraient compromettre le modèle d’affaires de nombreuses PME.

Autre enjeu important est l’application des tarifs douaniers réciproques avec les nombreux pays asiatiques qui sont reconnus pour la confection de vêtements, chaussures et accessoires mode à bas prix qui pourrait grandement nuire aux chaînes d’approvisionnement nord-américaines. Il est à noter que plus de 35% des vêtements importés aux États-Unis proviennent de la Chine.

Une bonne nouvelle

Dans cette turbulence économique mondiale, le Canada se positionne comme étant une alternative stratégique stable pour ce qui est des chaînes d’approvisionnement.

Globalement, préserver l’industrie de la mode canadienne, protéger nos travailleurs, nos emplois, renforcer la collaboration entre toutes les parties prenantes et développer de nouveaux marchés d’exportation demeurent les clés du succès.

Photographies, travail personnel et François Berthiaume, Grand Quai du Port de Montréal, mercredi 23 avril 2025.

Mention de sources rédactionnelles Mathieu St-Arnaud Lavoie.

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