
Entendre Stéphane Le Duc en conférence, journaliste mode bien connu depuis de nombreuses années, est toujours un moment de découverte incroyable. Et, mercredi après-midi 14 juin, ne faisait pas exception lors du lancement de la grande exposition au MNBAQ consacrée à l’impressionnant travail du créateur britannique Lee Alexander McQueen intitulée Alexander McQueen : l’art rencontre la mode.
Stéphane Le Duc a intitulé sa conférence Alexander McQueen Ange ou démon ? Et, celle-ci se voulait un survol biographique de la prolifique carrière de ce créateur de mode hors normes qualifié à juste titre d’enfant terrible de la mode britannique.
Stéphane Le Duc est un des privilégiés qui a eu la chance de rencontrer le créateur à New York et il raconte ;
En arrivant, je ne connaissais pas son travail, car il était très jeune. C’était sa première collection, il avait un côté provocateur, très sûr de lui, arrogant et qui parlait d’une façon très crue, presque vulgaire. Il disait fuck tout le temps, avec un accent anglais difficile à comprendre, mais je voyais que c’était quelqu’un de convainquant, qui avait quelque chose à dire et qui remettait la mode en question et qui allait innover, quelqu’un qui avait envie de faire la révolution.
Stéphane Le Duc se dit alors que ce créateur sera à surveiller et l’avenir lui donnera raison.

Les collections de McQueen racontent des histoires et elles sont souvent inspirées des sources artistiques du passé, également de l’histoire de ses racines familiales écossaises. Stéphane Le Duc, en conférence, relève quelques exemples fort éloquents.
La collection créée en 1992 lors de l’année de sa graduation scolaire et intitulée Jack the Ripper stalked his victims est inspiré de l’histoire de Jack the Ripper et dénoncent les victimes de la Whitechapel en 1888 de Jack l’Éventreur, tueur en série. Fasciné par l’époque victorienne, McQueen coupe également ses propres mèches de cheveux pour les encapsuler et fabriquer des étiquettes pour ces vêtements, faisait ainsi référence à cette période historique où les prostituées vendaient leurs cheveux.

L’amitié entre Isabella Blow et Alexander McQueen est indéfectible. Après avoir travaillé chez plusieurs tailleurs londoniens, McQueen passe directement au troisième cycle de la prestigieuse école Central Saint Martins de Londres et dès 1992, il se fait remarquer par Isabella Blow, journaliste mode, qui achète tous ses modèles et publie dans le magazine Vogue britannique sa première collection. Elle le prend en quelque sorte sous son aile et l’aide à bâtir sa carrière.

En 1996, McQueen succède à John Galliano en tant que directeur artistique chez Givenchy. Il reçoit également le prix du Créateur britannique de l’année. Ironiquement, sa première collection pour la maison est très critiquée en raison de sa vision opposée aux codes établis. Le choc des cultures quoi.
Il conserve les codes de couleurs de la maison à savoir le blanc et le doré, mais a du mal a lier les deux forces créatrices à savoir la sienne sous un esprit provocateur et celle d’Hubert de Givenchy reflétant plutôt le glamour de l’âge d’or de la haute couture parisienne.

En 1997, sa collaboration avec l’artiste Björk, dont Stéphane Le Duc apprécie beaucoup le talent, est remarquable. McQueen est alors directeur artistique de l’album de la chanteuse intitulé Homogenic et lui dessine une fabuleuse robe de geisha.

La collection A/H 2006-07 de McQueen est inspirée de ses ancêtres écossais et est l’une de ses collections les plus autobiographies. Elle fait référence aux veuves de Culloden. The Widows of Culloden, la bataille de Culloden en 1745 marque la défaite du quatrième des débarquements royalistes en Écosse.
La pression s’accentue alors contre le mode de vie traditionnel des Highlanders pour notamment les tissus de laine écossais propre à un clan à savoir les tartans. C’est une collection hommage pour toutes ces veuves qui ont perdu leurs maris lors de cette bataille sanglante.
Alexander McQueen, ange ou démon ? À cette question, Stéphane Le Duc répond définitivement un ange, un artiste tourmenté et il termine sa conférence en lisant un inspirant poème d’Émile Nelligan intitulé : Prélude triste.
Créateur de mode angoissé, Lee Alexander McQueen s’enlève la vie en 2010, il avait 40 ans. Son destin tragique laisse dans le deuil toute une famille mode britannique et internationale. Il laisse un legs professionnel incroyable et une source d’inspiration inestimable pour les créateurs de mode actuels et futurs de partout dans le monde.
Sources recherches complémentaires Wikipédia – L’encyclopédie libre
Photographies, travail personnel, MNBAQ, 14 juin 2023, Québec.